Depuis quelques années, la crise frappe fort en Languedoc Roussillon. Arrachages massifs, vignes en friche, paysage désertique sur les coteaux qui s'opposent aux parcelles de plaine toujours plus grandes, irriguées et productives. Les vignerons coopérateurs l'ont compris, leur avenir passera par l'agro-industrie, des vins à bon "rapport qualité prix" que l'on retrouvera dans les supermarchés sous des marques génériques : JP Chenet, Ormes de Cambras ou Brise de France.
Mais l'objet de cet article ne réside pas dans la critique, positive ou négative, de l'évolution des caves coopératives. Je souhaite écrire à propos de leur homologue, les vignerons, ceux à la tête de propriété.
Eux aussi connaissent une véritable mutation, après les années 90 qui ont vu affluer de nombreux investisseurs étrangers (c'est-à-dire ni catalan, ni languedocien), mais depuis 2000 les propriétés viticoles sont à nouveau dans la tourmente. Ces dernières années de crise n'ont pas épargnés ces propriétaires qui ont également connu des difficultés financières, auxquelles s'ajoutent souvent des difficultés familiales (succession, absence de repreneur…). De nombreuses propriétés sont à vendre, le Château Haut Gléon en est l'exemple parfait.
Aussi depuis quelques années, c'est un vent de concentration qui se propage dans le Languedoc. J'ai l'impression que le Groupe Gérard Bertrand achète tous les 6 mois une propriété! (L'Hospitalet, Villemajou, Aigues Vives, l'Aigle, Laville Bertou, Cigalus, La Chaussée via son copain Rives). Les autres négociants ne sont pas non plus en reste, Les Domaines Paul Mas regroupent aussi quelques propriétés (Château Paul Mas, Domaine de Nicole, Mas de la Bergerie; Domaine de l'Ile de Conas, Domaine Astruc, Mas des Tannes, Domaine des Crès Ricards…) sans oublier Jeanjean au travers de ses propriétés historiques.
Et le mouvement n'est pas à l'accalmie! Le Groupe Bonfils a acheté cet été le Château du Capitoul, Jean Claude Mas vient de clore l'achat du Domaine de Moulinas et enfin Gérard Bertrand serait sur le point de conclure l'achat du Domaine La Sauvageonne!
D'autre part, on apprend sur le net, les augmentations de capital de deux propriétés phares du Languedoc et du Roussillon. Le projet de Gérard Bru, le Château Puech Haut, est une entreprise particulièrement réussie, mais il semblerait que l'activité de négoce nécessite l'arrivée de financeurs pour soutenir l'activité. De l'autre côté de la région, c'est Hérvé Bizeul qui souhaite accueillir des investisseurs pour le développement de ces activités, à savoir le Clos des Fées, le Domaine de la Chique et son activité de négoce Walden.
C'est à se demander si faire du vin ne devient pas une affaire de gros sous. En tout cas, pour ce qui voient en grand, c'est une évidence! Ceci s'explique par le coût d'une exploitation, connaissez vous seulement le prix d'achat d'un tracteur vigneron… Comptez 45000 euros! Ajoutez y le coût des barriques et la remise en état d'un vignoble. Si le vignoble ne coute pas trop cher en Languedoc Roussillon, les équipements sont hors de prix. L'acquisition de propriété clef en main est une solution pour ces négociants. Elles bénéficient immédiatement de la force d'un réseau commercial, d'as du marketing et de la notoriété des autres propriétés. Créer un vignoble de toute pièce couterait bien souvent plus du double.
Devons nous nous inquiéter de ce changement? Je ne pense pas. En Languedoc, comme dans le Bordelais, en Bourgogne, en Alsace ou dans la Vallée du Rhône il y aura toujours de la place pour les "artisans du vin". Certes les grands terroirs seront rapidement phagocytés par ces puissants (GB détient déjà plus de la moitié de l'appellation Corbières Boutenac) mais c'est aux artisans de continuer à nous surprendre avec des produits d'exception, des vins de vignerons.